Transcription de l’émission littéraire «Repère C» du 23 juillet 2005 sur Radio Victoire, Lomé

Publié le 10/10/2019 10:31:13 | dissirama.com

Interview

Animateur : Kilim Jean-Pierre ARICIA(JPA)
Animateur : Kilim Jean-Pierre ARICIA(JPA)

Invité : Dissirama BOUTORA TAKPA(DB).
Invité : Dissirama BOUTORA TAKPA(DB).
Chanson d’entrée: Raxinoar du Togo

Générique.

JPA: . Merci à ce groupe Raxinoar qui nous a chanté ce matin, « Ma Darlin ». C’est un groupe musical qui nous vient du Togo. Je vous l’annonçais au début de cette émission que ce matin je reçois un écrivain Togolais en la personne de Monsieur Dissirama BOUTORA TAKPA qui a sorti son tout premier roman qui porte le titre « Journal d’une bonne »…(fond sonore) Les livres pour tout lecteur est une porte ouverte sur le monde, et des milliers d’ouvrages sont publiés chaque année de part le monde mais une question se pose: trouvent-ils encore des lecteurs, ne serait-ce que pour le plaisir de la connaissance et le souci d’être éclairé sur les autres cultures ? J’ai promené mon micro vers quelques rues de Lomé. À la question de savoir combien de livre avez-vous lu ces derniers temps, écoutez les réponses que j’ai recueillies:
Anonyme: Je peux dire… deux
Anonyme: je n’ai lu aucun roman
Anonyme: à peu près trois romans.
Anonyme: Soleil des indépendances de Amadou Kourouma et l’aventure ambiguë
Anonyme: Je n’ai pas compté, mais ça peu atteindre dix (10) ou quinze romans.
Anonyme: J’ai lu au moins trente romans ces derniers six mois. Parmi ces romans, il y a un enfant pas comme les autres, Le droit de tuer, c’est un ouvrage qui parle du fait d’accorder une peine à une personne qui, en fait n’a rien fait de mal. J’ai lu aussi Le cid, un livre de Pierre Corneille qui m’a beaucoup impressionné, et que j’ai beaucoup aimé. J’ai lu aussi d’autres livres, mais je ne me souviens pas trop de tout ce que j’ai lu (rire) .
Anonyme: Je dirai… au moins cinq romans hein, voire plus.
Anonyme: Surtout de la bibliothèque enfantine Le tour de la terre en quatre-vingt jours
Anonyme: Au moins deux
Anonyme: J’ai lu beaucoup de romans hein, mais pas de la même façon. Il y en a que je lis en profondeur, donc je lis et relis, et il y en a que je lis en diagonal. Puisque j’étais en Lettres Modernes, et puisque j’étais en deuxième année, j’ai lu les quatre romans qu’il y avait au programme, ensuite j’en ai lu d’autres pour mes besoins culturelles donc... (Générique)
JPA: Beaucoup d’élèves lisent tout simplement parce que le programme scolaire leur recommande certaines œuvres. Alors une autre question se pose, que feront-ils demain ces élèves bien entendu, quand ayant achevé leurs études, ils n’auront plus besoin de cette lecture utile, qui leur tient lieu de lecture tout simplement...

Speakerine: « une œuvre, un auteur. Jean-Pierre ARICIA dans l’émission « Repère C ».

JPA: L’âge du premier roman togolais de langue française remonte à l’an de grâce 1929, époque à laquelle Félix COUCHORO publie à la maison d’édition de La Dépêche africaine, L’esclave, un ouvrage qui paraît au moment où nombre de têtes couronnées de la littérature négro-africaine au jour d’aujourd’hui, n’avaient pas encore commencé à écrire. Plus tard, la décennie 70 s’ouvrira sous de meilleurs auspices avec la montée des universitaires au premier plan de la production romanesque. Et on peut dire globalement que c’est de cette période que date l’intérêt grandissant des intellectuels togolais pour la pratique de l’écriture. Aujourd’hui, on est en droit de reconnaître l’existence d’une véritable littérature togolaise.

Certes on est aussi en droit de déplorer le fait que certains de nos écrivains aient un regard tourné vers l’extérieur: l’occident en particulier, accouchant ou se faisant éditer leurs œuvres pour le public de leur pays d’exile. Acculturation ou assimilation ? Difficile d’y répondre. Toutefois nous pouvons donner raison à Apédo Amah Togoata, Professeur des Lettres Modernes à l’Université de Lomé, Critique littéraire, lorsqu’il lance sa boutade, je cite: « Si nous ne pouvons pas sauvegarder nos têtes pensantes, et bien, l’Europe se fait un plaisir de les récupérer », fin de citation. Bien entendu la nature a horreur du vide ; c’est mon impression à moi…(Générique ) Heureusement, nous avons encore la chance de voir dans les rayons de nos bibliothèques, à travers les vitrines de nos librairies, dans les dépôts de certaines maison d’éditions, des noms d’auteurs qui restent accrochés à nos valeurs, à nos préoccupations, à nos problèmes, qui, sous leur plumes expertes ou légères selon certains critiques toujours, prennent une dimension sociale qui nous interpelle tous… (générique).

Et l’un des objectifs que nous nous sommes fixés dans cette émission, est de partir à la rencontre de nos Hommes de Lettres. Et ce matin je m’entretiens avec Dissirama BOUTORA TAKPA, un jeune qui vient de se lancer sur l’âpre chemin de « ceux qui crient en vain » avec un premier roman qui porte le titre suivant: Journal d’une bonne …(générique).

Dès les premières lignes, Guy MISSODEY, enseignant chercheur à l’Université de Lomé et Critique littéraire qui a préfacé ce roman, écrit ce qui suit: Pitié et révolte: tels sont les deux sentiments entre lesquels oscilleront certainement les lecteurs de Journal d’une bonne.

Il poursuivra plus tard: le sujet dominant de Journal d’une bonne est la nouvelle forme d’esclavage dont sont victimes des enfants, orphelins et déshérités d’Afrique (…)

Mais ce sujet d’actualité, sous la plume de Dissirama BOUTORA-TAKPA, aura plus d’amplitude, grâce aux techniques du récit adoptées par l’écrivain…

Toujours plus bas il écrira: On comprend que le jury du Prix Littéraire France - Togo ait voulu couronner le talent du jeune romancier en lui décernant le Prix de l’Édition 2001.

Enfin, Monsieur Guy Missodey conclu par une exhortation: Comme il ne suffit pas de parler d’un roman pour en rendre compte, je vous convie à la lecture de Journal d’une bonne(Générique).

Mesdames et messieurs, fidèles auditeurs de la fréquence de la différence, Radio Victoire émettant depuis la cité Tokoin Habitat de Lomé, voilà sommairement exposé le contenu de l’œuvre romanesque qui retient notre attention ce matin. Et qui dit œuvre, renvoie nécessairement à son auteur ; aussi donc, vais-je donner la parole à son auteur Monsieur BOUTORA TAKPA Dissirama.: Bonjour monsieur l’écrivain.

DB: Bonjour, bonjour ! Je voudrais d’abord dire merci à monsieur Jean-Pierre Aricia de me donner la parole, je voudrais également remercier du fond du cœur toute l’équipe de Radio Victoire, et particulièrement celle de l’émission Repère C qui m’accueille.
JPA: Merci à Dissirama, ce sont des mots qui nous vont droit au cœur, et j’espère que toute la direction de Radio Victoire est à l’écoute et vous en sera gré. Dites-nous un tout premier mot: il paraît que l’écrivain, c’est "celui qui crie en vain ".
DB: C’est non seulement celui qui crie en vain, mais aussi je crois, celui qui, malgré le silence qu’il y a autour de ses paroles, persiste et signe.
JPA: Voilà, pourquoi pas,"persiste et signe aussi"…Dissirama, nous vous prierons de vous présenter un tout petit peu à nos auditeurs.
DB: Dissirama BOUTORA TAKPA est issu d’une formation juridique, de nationalité togolaise, et auteur du roman Journal d’une bonne dont nous allons discuter bientôt.
JPA: Question un peu indiscrète, est-ce que Dissirama BOUTORA TAKPA a une bague au doigt ?
DB: euh !… Une bague au doigt, non, mais … sur le doigt de l’âme, OUI.
JPA: C’est un romancier, mais Dissirama est aussi Poète ; « une bague sur l’âme ! »…Bien dit. Une question encore, est-ce que vous pouvez nous faire une différence entre le mot auteur et le mot écrivain ?
DB: Ah bien sûr ! Un auteur , c’est une personne qui est à l’origine d’une invention ou d’une création qui peut être à caractère technique littéraire, musicale ou autre, alors que l’écrivain est défini comme une personne qui compose ou écrit des œuvres littéraires. Donc nous dirons tout simplement
que les deux termes peuvent parfois se rejoindre, voire se confondre. À savoir qu’un écrivain est un auteur, auteur d’une oeuvre de création à caractère littéraire, alors que quand on parle d’auteur tout court, il ne s’agit pas forcément d’un écrivain, puisqu’il existe des auteurs réalisateurs, des auteurs d’invention d’ordre technique ; donc dans ce cas les deux termes se distinguent nettement.
JPA: Merci à vous de nous accrocher sur ces deux termes qui quelques fois prêtent à confusion. Voilà une autre question, votre roman qui a pour titre Journal d’une bonne, est l’œuvre qui vous propulse dans le monde des écrivains. Est-ce que vous avez pressenti en vous qu’un jour vous deviendrez écrivain ?
DB: Merci Aricia, personnellement, je n’ai jamais pensé ou même rêvé devenir écrivain. Mais curieusement, c’est un professeur de français qui me l’a dit un jour au CEG Agbodrafo. C’était après un BEPC-blanc, ma copie avait reçu plusieurs signatures-des compliments sans doute, et le prof en question dont j’oublie malheureusement le nom, puisqu’il n’était pas mon professeur titulaire, avait demandé à me rencontrer pour avoir lu ma copie. Il m’avait dit: « vous avez présenté une belle rédaction, et si vous persévérez, vous pourriez devenir un jour écrivain. Je ne l’avais pas pris très au sérieux, …
JPA: Et combien aviez-vous eu à l’époque comme note pour cette composition française?
DB: Je pense, c’était 14/20 avec environ huit signatures…
JPA: Pas mal ! et bien, moi je peux vous dire que j’ai toujours eu en deçà de 8/20 en composition française…
DB: Oui bon… l’appréciation d’une composition française est souvent aléatoire, et il faut avoir une certaine chance pour avoir l’unanimité des voix…
JPA: encore faut-il avoir un bon professeur de français qui sait apprécier les compositions littéraires.
DB: C’est ça.
(Générique en fond sonore)
JPA: Revenons à l’œuvre proprement dite. Je vous signale au passage mesdames et messieurs qu’elle a été primée en 2001 par le jury du Prix littéraire France-Togo, une association qui œuvre aussi pour la défense et l’illustration des belles Lettres togolaises. La lecture du Journal d’une bonne nous conduit au Gabon qui aujourd’hui selon un rapport de l’UNICEF, est considéré comme un pays récepteur d’enfants victimes de ce trafic que vous dévoilez avec votre plume. Voici ma question à présent: l’histoire de votre héroïne Agathe ou Adjo (c’est selon), est-elle fiction ou réalité ?
DB: Oui, je dirai que l’histoire de Agathe ou Adjo, est fiction par mon travail d’écriture, et réalité par les observations de ma société.
JPA: Oui …
DB: Alors, je dis fiction par mon travail d’écriture parce qu’il a fallu faire appel à une certaine aptitude pour pouvoir présenter le délicat destin d’Agathe en un genre littéraire, c’est-à-dire, définir l’intrigue, évoluer à travers un style ! Mais avant, il y a eu un déclic inspiré de la réalité, et dont j’ai personnellement été témoin. Donc, en voyant la vie d’une fillette du quartier qui a été complètement brisée par une aventure au Gabon, je n’ai pas hésité à prendre la plume, et à faire parler cette fille là qui avait perdu la parole à son retour. Voilà pourquoi je dis qu’en fait, la vie d’Agathe est réalité.
JPA: Est-ce que vous vous classez parmi le groupe des écrivains engagés ?
DB: Il faut dire que chaque écrivain est engagé à sa manière, mais pour ce qui est du thème de Journal d’une bonne à savoir l’exploitation et le trafic des enfants, vraiment, il faut se mouiller pour que ce fléau puisse connaître une fin heureuse pour tous ces enfants déshérités et orphelins qui le plus souvent sont les victimes de ce fléau.
JPA: Merci monsieur Dissirama, mesdames et messieurs, comme on le dit souvent, il ne suffit pas de parler d’un roman pour en rendre compte, aussi, vais-je vous inviter à écouter une lecture d’un extrait qui nous a été fait par une lectrice… je préfère taire son nom:

Voix anonyme de la lectrice:
« … Voici presque un mois, que Féçal a couché avec moi ici même. Lorsque je débarrassais la table tout à l’heure, il m’a fait signe de la tête qu’il passerait ce soir. Je n’ai plus peur qu’il vienne, car j’ai hâte de recevoir des nouvelles de mes parents. Tout ce que j’attends de lui, c’est qu’il vienne me parler de leur cimetière et du jour où il me permettra de leur rendre hommage. Mais je sais aussi qu’il vient pour « ça » et qu’il n’acceptera pas que je me refuse à lui. Alors, je me demande avant qu’il ne frappe à ma porte, ce qu’il est au juste pour moi. Un ami ? Un copain ? Et lui, que suis-je pour lui ? Une... une esclave soumise ? Je ne saurais le définir clairement. Souvent je me place plutôt au même rang que notre chien Toupasse car je n’ai aucune valeur, même si je couche avec Féçal. Non seulement je sacrifie tout mon temps à servir mes employeurs, mais aussi je dois mettre mon corps à la disposition de leur fils unique dans la maison même où j’ai fait mes premiers pas. Voilà, il frappe à la porte Paméla, il vaut mieux lui ouvrir tout de suite(…) Hier nuit Féçal est reparti tout nerveux. Il n’a pas hésité à me traiter de «fille ignorante». J’aurais aimé savoir ce qu’il ferait à ma place. Permets-moi de t’en parler Paméla, cela me consolera. Comme tu le sais, Féçal frappait à la porte ici hier soir quand je refermais tes pages. Je pensais qu’il m‘apporterait au moins des nouvelles de mes parents, mais je me trompais. Tout ce qu’il était venu chercher, c’était de coucher avec moi à nouveau. Puisqu’il ne tolérait pas que je lui résiste, je ne pus l’empêcher d’obtenir ce qu’il voulait. Seulement, tout juste après, il se rendit compte qu’il s’était fait tacher par du sang ; le voilà nerveux et fâché …»

Générique en fond sonore.
JPA: Agathe ou Adjo, c’est le personnage principal de ce roman Journal d’une bonne qui vient de nous confier ses petits malheurs à travers cette lecture faite par une lectrice. Dissirama,
DB: Oui,
JPA: Cette héroïne dans votre écriture, souvent pour confier ses malheurs, fait référence à un objet de fortune ; il s’agit d’un journal, un vieil agenda trouvé dans une poubelle et à qui elle donne un nom: Paméla. Quel effet cherchez-vous à produire à travers ce témoin muet, un objet insensible aux sentiments humains ?.
DB: Oui, en me mettant dans la peau de la petite Adjo, j’avais brusquement trouvé un certain vide autour de moi. Sans parent, ni lien affectif quelconque avec un membre de l’entourage, la misère morale et physique venant de partout. Adjo est ce personnage solitaire qui habite tous ces enfants exploités, orphelins et déshérités sans voix. Ces orphelins, ces enfants qui le plus souvent n’ont plus de soutien familial, qui sont l’objet de ces genres d’abus, à qui on donne l’impression d’être des moins que rien, et qui n’ont d’égale que des objets. N’ayant pas trouvé d’interlocuteur fiable parmi les hommes, l’héroïne décide de faire d’un objet, c’est-à-dire, un vieil agenda, une confidente. Et je peux dire là monsieur Jean-Pierre que l’attitude de l’héroïne n’est pas le fait de la fiction, parce qu’en réalité, tous ces enfants victimes de l’exploitation ressentent toujours le besoin d’être écouté mais ils n’ont pas souvent cette chance de partager une intimité amicale ou affective avec leur entourage. Personnellement, j’ai l’impression que l’héroïne serait morte plus tôt sans sa confidente.
JPA: Une confidente de fortune. Votre héroïne oscille aussi entre deux prénoms ; tantôt elle se fait appeler Agathe, tantôt elle se fait appeler Adjo. Est-ce un dédoublement de personnalité ?
DB: Je ne dirai pas qu’il s’agit d’un dédoublement de personnalité, mais plutôt d’une cohabitation de deux destins dans la vie de l’héroïne. Agathe est le titulaire d’un destin naturel, peut-être même idéale ! alors que Adjo est le titulaire d’un destin mue par des contingences sociales. Le problème est que ces deux destins se disputent le personnage de l’héroïne. Donc cette situation plonge l’héroïne dans une crise identitaire. Si on relativise un peu l’ironie du sort, on dira qu’Agathe, c’est l’être Africain de l’héroïne, et Adjo, le Noir-américain. Si vous voyez un peu ce que ce que je veux dire.
JPA: Je vois un peu ce que vous voulez dire monsieur Dissirama BOUTORA TAKPA. Ça fait trois ans que le roman est sorti, est-ce que vous avez une idée de la façon dont le lectorat togolais a accueilli votre tout premier roman ?
DB: Ah oui ! là je voudrais déjà remercier avec beaucoup d’humilité les lectrices et les lecteurs de Journal d’une bonne. J’ai commencé par dire les lectrices parce qu’elles ont été les plus nombreuses à m’exprimer leurs soutiens et encouragements à travers le monde, d’ailleurs, la première réaction reçue de l’extérieure venait d’une actrice de cinéma, c’est pourquoi je dis que je dois beaucoup aux lectrices, parce que non seulement elles ont lu, mais plusieurs d’entre elles ont tenu à me faire des remarques que je prends au sérieux. Même des couturières, des vendeuses de Tchouc qui ont quitté les bancs depuis des années ont pu lire l’œuvre pour me faire des remarques, alors je ne peux que les remercier. Également au Togo, il y a plusieurs établissements scolaires qui m’ont reçu sur invitation, donc je dis également merci à tous ces jeunes là qui se battent pour conquérir leur connaissance, et je pense aux élèves du lycée Hédzranawé, Agbalépédo, la bibliothèque d’Akodésséwa, puis à Kpémé où huit établissements scolaires se sont organisés pour une causerie-débats autour le l’œuvre, je peux dire que j’ai aussi puisé dans ces échanges, et c’était des rencontres d’échange, et je ne peux que m’en réjouir
JPA: Dissirama, les lectrices de votre ouvrage, je peux vous l’assurer, elles sont nombreuses, nous allons encore écouter une seconde lecture qui a été faite par une demoiselle. Nous l’écoutons.
Voix de la lectrice.:
"… Pendant que je m’étais mise à pleurer d’innocence et de pitié, Tanti Amévi sortit rapidement et revint avec une ceinture en cuir de son mari. Elle me frappa comme une vraie petite fille un peu partout sur le corps, devant l’indifférence du reste de la maisonnée. Paméla, je pense que Féçal est l’auteur de tous ces malheureux événements car pendant que je lui faisais des commissions, il a eu le temps de saboter tout mon travail de cet après-midi. Même si je n’ai pas la preuve de ce que j’avance, j’ai au moins la preuve qu’il m’en veut depuis quelques temps, et qu’il veut me créer des problèmes. Comment pouvais-je deviner que ce jeune étudiant à l’allure calme, était aussi rancunier ? J’aimerais lui demander ce qu’il veut de moi. J’aimerais vraiment savoir pourquoi il m’a causé tant de tort. A cause de lui, Tanti Amévi a décidé aussitôt, qu’elle ne payera pas, pendant cinq mois, les trois mille francs de rémunération mensuelle qu’elle envoie à Da-Abra. Ainsi, cet argent qui devait servir plus tard à la signature de mon contrat d’apprentissage, lui permettra plutôt de renouveler les effets endommagés. D’ailleurs, je me demande si finalement cette promesse sera réalisée un jour, car cela fait deux ans que je travaille ici, ce qui veut dire que j’ai travaillé pour soixante mille francs au moins. Et je me demande si un simple contrat d’apprentissage coûte autant…"

JPA: Je n’ai pas pu résister à l’envie d’approcher cette lectrice afin d’avoir ses impressions sur votre ouvrage Dissirama, et nous allons l’écouter maintenant.

Voix de la lectrice:

c’est un ouvrage que j’ai lu il y a quelques années maintenant, et j’ai été agréablement surprise d'abord parce que l’auteur est un jeune togolais, et il n’y a pas beaucoup de jeunes qui se frottent à l’écriture, donc déjà c’est une bonne chose, ensuite parce qu’il s’agit d’un sujet d’actualité. Un sujet qui malheureusement est encore d’actualité, et le fait d’écrire cet ouvrage, est aussi une façon de lutter contre ce fléau. Ce que j’ai aimé dans Journal d’une bonne, c’est cette faculté qu’à l’auteur de se glisser dans la peau de son héroïne ; il arrive très bien à restituer toute une gamme de sentiments féminins sans fausse note, et surtout sans tomber dans un pathos. En plus il y a chez lui l’empathie pour ses personnages, et cette empathie, il arrive très bien à le communiquer au lecteur.

JPA: Mesdames et messieurs, vous êtes toujours à l’écoute de la Radio Victoire émettant depuis Tokoin habitat, il est exactement 09heures37 minutes, nous sommes en plein pied dans l’émission Repère C, je m’appelle Kilim, et je vous rappelle que ce matin je suis en pleine discussion avec Dissirama BOUTORA TAKPA qui vient présenter, que disons, entretenir avec nous sur l’histoire de cette héroïne Agathe ou Adjo (c’est selon), et une histoire qui nous interpelle tous parce que nous sommes tous responsables de ce dont souffre ces petits enfants qui sont envoyés quelques part pour des activités qui n’ont pas de rapport avec leur âge. Dissirama, encore une question, est-ce qu’après la parution de ce roman, nous pouvons encore espérer de votre part, d’autres productions littéraires ?
DB: Merci Aricia, je remercie du fond du cœur cette lectrice qui a fait une lecture très professionnelle de l’œuvre,…
JPA: Je peux vous dire que les lectrices et les lecteurs professionnels, on en compte par milliers dans ce pays.
DB: …Et donc aussitôt après Agathe, j’ai rencontré une autre héroïne qui s’appelle Célifa. Les premiers lecteurs du manuscrit de ce deuxième roman qui est prêt et qui ne reste qu’à être servi au public, trouvent que Célifa est sympathique, chaleureuse et courageuse, je partage avec un peu d’appréhension cet avis, mais ce que je puis dire, c’est que j’ai beaucoup appris avec Célifa, avec elle j’ai vécu une fabuleuse aventure, dont l’univers se partage une fois encore entre réalité et fiction. Mon souhait est que tous les lecteurs de Journal d’une bonne puissent aller également à la rencontre de cette héroïne, pour peut-être apprendre et échanger avec elle, tout comme moi j’ai aussi échangé avec cette héroïne formidable.
JPA: J’ai l’impression que la question féminine vous intéresse plus que les questions masculines. Dans votre premier roman il s’agit d’Agathe ou Adjo, et dans votre second ouvrage qui va paraître bientôt, j’espère que ça ne tardera pas, il s’agit encore d’une fille: Célifa. Pourquoi cette affinité pour les femmes ? Cela relève t-il de votre nature, ?
DB: Peut-être oui, peut-être non, mais ce que je pense, c’est que les femmes sont le plus souvent au carrefour des problèmes de nos sociétés….
JPA: Et nous les hommes, que sommes-nous dans tout ça ?
DB: Oh les hommes ! il y en a quand-même qui vivent presque les mêmes difficultés, les mêmes aventures que les femmes, mais je peux dire que j’ai rencontré mon premier héros dans le troisième roman que je prépare, et ça m’a vraiment fait une de ces surprises parce que j’ai cru que sur mon chemin je ne rencontrerai que des femmes, des filles, finalement j’ai trouvé un héros, et là je suis très heureux et curieux de voir si notre cohabitation sera aussi riche que celle que j’ai souvent échangée avec mes héroïnes Célifa, Adjo, ou Agathe…
JPA: En tout cas c’est un vœu, et je suis sûr que ce vœu sera exaucé. Est-ce que vous avez un dernier mot à nous dire ?
DB: Un dernier mot, je voudrais d’abord remercier tous les auditeurs, de cette émission, et tous les lecteurs de Journal d’une bonne, je considère tout ce public comme un public formidable, et j’estime qu’ils vont unir leur voix, à la lutte contre le phénomène de l’exploitation des enfants.
JPA: Merci, Dissirama, BOUTORA TAKPA, vous ne partez pas, vous resterez avec moi jusqu’à la fin de cette émission.

Si le milieu du critique littéraire togolais s’est peu ou pratiquement pas prononcé sur la porté littéraire et sociale de l’histoire de Journal d’une bonne, d’autres par contre se sont intéressés à cet ouvrage ; je me suis permis une petite promenade sur Internet et les résultats que j’ai obtenus, m’ont stupéfiés. Plusieurs sites réservés à la parution de nouveaux livres et romans, ont consacré des pages à l’étude et au commentaire de cet ouvrage ; en voici la teneur de quelques uns:
Sur le site www.afrilivres.com , on peut lire ceci: « Petit roman pour ce jeune auteur togolais, roman social sous la forme d’un journal adressé à une inconnue, Paméla, la vie terrible d’une bonne. Agathe perd son nom, en même temps que ses parents. Adjo, son nom d’esclave moderne lui sera donné par ses premiers patrons, tenanciers d’une petite entreprise d’enfants esclaves au Gabon. Son sort ne fera qu’empirer, lorsque "libérée", elle deviendra bonne à tout faire dans son pays d’origine. Agathe est Adjo, Adjo est Agathe. À tour de rôle, elle redevient Agathe, quand elle recommence à espérer une autre vie, une vraie vie, une vie digne. Mais le destin sans cesse, la renvoie à Adjo, irrémédiablement. Véritable fléau en Afrique subsaharienne comme au Nord, la mise en esclavage des enfants par des adultes est un fait avéré souvent camouflé derrière de trop de bonne intentions "sans ce travail, cet enfant serait à la rue. »
Ensuite, l’Académie des sciences d’Outre-mer par le biais de Madame Anne-Marie STAMM, nous fait ce compte rendu: L'auteur du Journal d'une bonne, petit roman bien écrit, a du talent: il sait varier la présentation de son sujet qui se veut "réconciliation du littéraire et du social", selon l'expression du préfacier Guy Kokou Missodey. Il sait émouvoir avec des faits biens connus des lecteurs de faits divers. Écrit par un homme, il représente bien - à ce que j'en sais par de nombreuses mais pudiques confidences de femmes - l'esprit des jeunes Africaines qui évoluent entre le monde de la tradition et celui de la modernité. L'héroïne Adjo ( ou Agathe) garde une distance certaine par rapport à ce qui lui arrive, elle ne s'indigne pas, ne se révolte pas, ne juge pas, elle raconte tout simplement le désir des garçons qui l'entourent et sa manière - à demi consentante - d'y répondre. Ce Journal d'une bonne veut sensibiliser les lecteurs, qu'ils soient africains ou européens, au sort de ces petits domestiques à qui leur enfance est à tout jamais volée, qui - dans les pires conditions - apprennent la vie sociale, ses rares joies et ses nombreuses peines. Anne-Marie STAMM
Enfin, Naliali Benjamin de la Côte d’Ivoire juriste de formation nous fait en sept pages une étude complète de cet ouvrage ; il conclut par un appel à une prise de conscience des Africains sur certains maux qui minent notre continent je vous donne connaissance du dernier paragraphe de son étude que son auteur a titré: Journal d’une bonne, une œuvre d’une portée sociale remarquable :

"… L'auteur du Journal d'une bonne attire l'attention de nos dirigeants sur ce fléau du siècle. Les enfants déshérités en sont les plus exposés. Observez le nombre de partenaires de la pauvre Adjo. Une pluralité d'amants. La lutte doit être renforcée et consolidée. Déjà, il existe un fond mondial de lutte contre le SIDA, une œuvre des pays du Nord, dont les pays africains sont largement bénéficiaires. Nous estimons pour notre part que les Africains doivent se prendre en charge pour la lutte contre le SIDA. Des fonds doivent être créés dans chaque État. Avec des prélèvements obligatoires sur tous les contribuables. Comme le dit bien le Reggae Man ivoirien Alpha Blondy, il serait réaliste que nos dirigeants que nous autres, nous appelons nos princes, sacrifient un mois de leurs salaires pour sauver la vie de leurs compatriotes. C'est aussi là un sens aigu du patriotisme et de la vraie responsabilité, mais aussi le fondement même de la souveraineté d'un État. Souveraineté en " dehors ", souveraineté en " dedans ". L'humanité est en dérive. Et il faut la sauver ; au lieu de se doter des armes et se livrer par la suite à de sales guerres inopportunes et fratricides."

Chers amis du bout des ondes, écrire n’a jamais été une mince affaire car le langage écrit, n’est pas la traduction réussie du langage oral en signes graphiques. Sa maîtrise n’est pas non plus la simple assimilation de la technique d’écriture mais elle requière quatre facultés dit-on souvent. L’imagination, la sensibilité, l’intelligence, et le goût. Et les sources d’écriture sont aussi multiples ; ils correspondent à ce que beaucoup de gens appellent faussement, l’inspiration ; c’est-à-dire, où vais-je aller puiser mes idées pour écrire ? Et lorsqu’il s’agit a fortiori de produire des textes, et des textes littéraires de surcroît, on s’aperçoit bien vite qu’écrire est un art, et cet art a des genres, et que chaque genre a des règles, des exigences. Gustave Flaubert, c’est le seul exemple que je puis vous donner, a mis six longues années pour achever en 512 pages, format livre de poche, son roman Madame Bovary dont les lecteurs auraient apprécié la pureté du style. C’est vous dire à quel point l’écriture est une remise en question permanente. Elle se nourrit trop souvent d’imprévus, dimension constitutive de l’imaginaire. Surtout, ne vous imaginez pas qu’il faille nécessairement avoir une licence en orthographe ou en grammaire pour écrire. Écrire correctement est autant une marque de bonne éducation qu’une preuve d’instruction. Boileau, Écrivain français du XVIIème siècle, a formulé une vérité éternelle en disant ceci: " ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément."

Générique…

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